L’intérieur de l’église de Terves

L’intérieur de l’église de Terves : à gauche autour de 1935, à droite en 2017

Avant la restauration de 1974, de nombreux objets venaient compléter le décor. La plupart d’entre eux ont été offerts par les paroissiens dans un élan de générosité religieuse comme le prouve le geste de Félicie Pihoué. Selon son testament daté du 14 aout 1894, elle fait un legs de 20 000 frs à plusieurs paroisses du bressuirais dont la plus grosse partie revient à Terves.Dans une délibération du Conseil de Fabrique le 2 mars 1905, on lit « Le Conseil rappelle aussi que la mense curiale (revenu ecclésiastique) de Terves jouit d’une rente de cent quarante-neuf francs ; à la charge par M. le curé de Terves de faire célébrer treize messes par an à perpétuité pour le repos de l’âme de Félicie Pihoué et de ses parents défunts. Cette fondation faite par M. le Comte De Fougerolle au nom de sa cousine Melle Pihoué dont il était le légataire » (1). 

LES AUTELS :

autel centre 0 - eglise de tervesLe maître-autel en pierre porte sur le devant, le Christ Sauveur du monde entre les évangélistes Matthieu et Marc, Jean et Luc, accompagnés de leurs symboles. Il a été consacré par Mgr Pie le 9 septembre 1878. *

Dans ce diaporama, voici le détail du maître-autel :

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autel gauche 2- eglise de terves

L’autel à gauche du transept est dédié à la Vierge. On voit celle-ci tenant l’enfant-Jésus dans ses bras, donnant le rosaire (grand chapelet) à saint Dominique et l’enfant-Jésus couronnant sainte Catherine de Sienne. La statue de Notre-Dame de Lourdes est restée à sa place au-dessus de l’autel*.

Dans ce diaporama, voici le détail de l’autel dédié à la Vierge :

 

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autel droite - eglise de tervesA l’autel à droite du transept, on voit le Christ apparaissant à Marguerite-Marie Visitandine de Paray-le-Monial pour lui demander de répandre la dévotion du Sacré-Cœur. Les saints qui sont de chaque côté semblent être François d’Assise à gauche et François de Sales à droite. La statue du Sacré-Cœur surmonte l’autel et a été conservée. *

Cet autel fut offert par Mademoiselle Niveleau, propriétaire à l’Orgerie, village de Terves. Elle a versé pour cela la somme de 300 francs, à charge qu’une messe y soit célébrée chaque année le vendredi qui suit l’octave du Saint Sacrement (les huit jours qui suivent la fête). (2)

Dans ce diaporama, voici le détail de l’autel dédié au Sacré-Cœur :

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Les deux anges adorateurs en stuc qui ornaient l’autel mais qui ont disparu, étaient un don de Jacques Chesseron (1832-1894). Celui-ci part en Algérie comme conscrit en 1852. A son retour en France, le bateau qui le ramène est pris dans une terrible tempête. En bon chrétien, il prie Dieu et fait le vœu de faire un don à sa paroisse s’il survit. Il honore ainsi sa promesse (3). L’un de ses descendants fait le récit de cet épisode ici.

LE CHŒUR

Une balustrade en pierre, recouverte d’un plateau en bois, établissait la limite du chœur avec le reste de la nef et permettait la distribution de la communion aux fidèles qui venaient s’agenouiller sur les deux petites marches prévues à cet effet. Ces marches existent toujours mais la « sainte table » a été supprimée.

autel centre et choeur - eglise de terves

LA NEF

Offerts par M. Baty, le 17 janvier 1889 pour 2160frs, 36 bancs encadrent une longue allée centrale dont le carrelage date du 19è siècle. Ces bancs étaient loués aux fidèles qui le souhaitaient, assurant ainsi un revenu à la Fabrique. (Notes)

Cliquez pour agrandir les images :

Une porte en fer surmontée d’une croix, posée en 1888 par M. Bernard serrurier à Bressuire pour 200frs, donne accès aux fonds baptismaux placés à l’entrée de l’église.

Le chemin de croix en plâtre polychrome, offert par plusieurs paroissiens a été installé en 1891.*

Chemin de croix - eglise de terves

Cinq lustres de cristal offerts par des généreux donateurs ornaient la grande nef. Ils ont disparu en 1974 (4).

interieur église terves carte postale
Sur cette carte postale datée d’environ 1935, on peut voir
à l’intérieur de l’église de Terves les lustres de cristal

LA CHAIRE :

Avec l’apparition de la sonorisation, la chaire a été supprimée en 1974.

chaire eglise de terves
La chaire de l’église de Terves apparaît sur cette carte postale

Les deux panneaux des évangélistes Matthieu et Jean ont été récupérés dans le chœur à droite et à gauche (ci-dessous). Le panneau central représentant le Christ est aujourd’hui au-dessus de l’entrée de la nef* (au centre ci-dessous).

Les autres restes de la chaire sont entreposés dans la tribune.

restes de la chaire - eglise de Terves

LES CLEFS DE VOÛTE :

Les armoiries de Mgr Pie évêque de Poitiers de 1849 à 1880 (ci-dessous à gauche) et de Pie IX, pape de 1846 à 1878 (ci-dessous à droite), sont aux clefs de voûte du chœur et du transept.

Dans la partie droite du transept, les lettres P B sont le monogramme du couple Félix PIHOUE (1806-1842) avocat et maire de Bressuire de 1838 à 1842 et son épouse Mélanie BRANGER (1809-1879), propriétaires du Puy-Blain ; ceux-ci étant les parents de Félicie Pihoué, généreuse donatrice du legs de 20.000frs citée au début de cet article.

Dans la partie gauche, on ignore quel est le monogramme BC. (Peut-être les initiales de Bénoni Chaigneau, curé de 1838 à 1881 ?)

L’abbé Chaigneau a laissé dans la paroisse un profond souvenir de sainteté. Après sa mort, les mères de famille ayant des enfants qui « ne marchaient pas bien », les portaient sur sa tombe et priaient pour leurs petits infirmes.

vitraux choeur - eglise de terves

LES VITRAUX :

La baie d’axe du chœur (au centre ci-dessous) est dédiée à l’Assomption, c’est-à-dire à Marie, titulaire de l’église comme il est de règle (fig 11). Ce vitrail a été donné en 1874 par Arménie Nicolas, veuve Ruault.

Au vitrail de droite figure le Bienheureux Louis-Marie Grignon de Monfort qui sera canonisé en 1947.

Le vitrail de gauche qui représente un saint évêque, est signé B. et Najan. Nancy 1874. Najan a repris les armoiries de la famille De La Rochebrochard et celles de Sesmaisons.

signature vitrail eglise de terves.jpg
Le vitrail représentant l’évêque est signé Najan et est daté de 1874

Dans le transept, le vitrail de gauche (ci-dessous) représente le Sacré-Cœur.
Le vitrail de droite représente Joseph et l’enfant Jésus.*

LES BLASONS :

Les blasons qui figurent au bas des vitraux et sur les clefs de voute font l’objet d’incertitudes selon deux versions : pour Najan, le signataire du vitrail de l’évêque, à gauche dans le chœur, ce sont ceux de la famille De La Rochebrochard « d’argent au pal de gueules cotoyé de deux pals d’azur » et celui de Sesmaisons « de gueules à trois tours d’or ». Selon des archives privées, ce sont bien ceux de De La Rochebrochard comme cités, mais avec celui « de gueules à trois faisceaux de flèches d’or posées deux en chef et une en pointe »  de la famille Boissard.

Xavier comte De La Rochebrochard, avant son mariage en 1842 avec Léonie De Boissard, habitait chez ses parents au château d’Etrie à Chanteloup. Plus tard, de 1847 à 1868, le couple habitait le château de la Coussaie de Terves.

AUTRES STATUES :

En 1974, pour répondre aux consignes du concile Vatican II,  l’église fera l’objet d’importantes modifications : déplacement de l’autel, suppression de la chaire et des chaises dans l’allée centrale, des peintures des murs intérieurs et des statues. Celles-ci, illustrations des dévotions très répandues à la fin du 19e siècle, ont été reléguées dans la tribune : celle de Notre-Dame de Lourdes, donnée en 1910 au cours d’une mission de trois semaines, celles de St Hilaire et de Ste Thérèse de l’enfant Jésus offertes en 1930, celles du Sacré-Cœur, St Joseph avec l’enfant, St Antoine de Padoue et du curé d’Ars.

statues déplacées - église de terves
Les statues ont été retirées et placées en tribune pour répondre aux consignes du concile Vatican II

Une statue de Marie avec l’enfant Jésus est à droite dans le porche d’entrée.

statue marie avec enfant jésus - eglise de terves

Dans la semaine religieuse du 24 avril 1910, on lit que « les paroissiens regrettaient qu’ils n’aient pas encore leur fête de Sainte Jeanne-d’Arc comme c’était l’usage un peu partout ». Cette joie leur fut donnée le lundi de Pâques et une statue de la sainte, œuvre du sculpteur Vermare (1869-1949) dont le marbre original fut exécuté en 1909 à Paris pour la bénédiction de la sainte, fut érigée en grande pompe (5).

statue jeanne d'arc - eglise de terves
La statue de Jeanne d’Arc est également entreposée en tribune au fond de l’église

Dans les années 1950, cette fête perdurait encore. Certains se souviennent encore de son cérémonial particulier. Au moment de la consécration, les musiciens avec leurs clairons et trompettes « la clique », installée dans la tribune au fond de l’église sous les cloches, faisaient retentir la sonnerie « Aux champs ».

 

LES ÉMEUTES DES INVENTAIRES :

Par la loi de la séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, les objets contenus dans les églises et les sacristies restaient au service des paroisses, mais n’en étaient pas moins recensés et ni les Fabriques qui n’étaient plus considérés comme « personnes morales », ni les ministres du culte ne pouvaient en disposer à leur gré.

L’émotion fut grande chez les catholiques ; certains avaient payé de leurs deniers les ornements et les vases sacrés ; les anciens ayant disparu des sacristies au moment de la Révolution française.

A Terves l’inventaire se fera en deux temps. En voici un récit retrouvé dans des coupures de journaux conservés aux archives diocésaines :

Jean-Baptiste Barbier cure Terves« Le 10 février 1906 eut lieu une première visite de l’agent du fisc. Les fidèles rassemblés sur la place ferment les portes de l’église et refusent l’entrée du fonctionnaire sous les sifflets et les quolibets ; l’agent est blême de peur. Le curé Barbier lit son énergique protestation qui se termine par ces mots : Maintenant Monsieur, accomplissez si vous le voulez votre écœurante besogne. Les gens crient : Pas d’inventaire. L’agent part sous les huées. »

Aussitôt après, la foule rentre dans l’église, on chante des cantiques, puis le pasteur s’adresse à ses paroissiens : « L’agent du fisc est parti mais il reviendra avec la force armée. Voulez-vous fermer les portes de l’église et les laisser enfoncer ?
– Oui nous le voulons !»

L’inventaire aura bien lieu. Le 1er mars, 100 gendarmes et 100 hommes de troupe venus de Cholet reviennent. L’église est comble et comme convenu, les portes sont fermées, tandis que les femmes, les enfants et quelques hommes groupés sur la place font le tintamarre avec des ustensiles de cuisine pour effrayer les chevaux des soldats » (6).

Le Conseil de Fabrique justifie cet élan de protestation, par cet extrait d’une réunion en date du 2 mars 1905 : « Cette énorme construction (l’église) qui ne nous a pas couté moins de 100 000 francs, laisse il est vrai une dette de 2 500 francs, mais elle en eut été libérée dans deux ou trois ans si la malheureuse loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ne lui eut pas donné la mort aujourd’hui ».(7).

Au souvenir de ce triste épisode, un encadrement noir restera apposé à la porte de l’église en signe de deuil pendant de nombreuses années. Il ne sera retiré qu’au cours de la seconde guerre mondiale. Des éclats de bois de la porte d’entrée fracturée au cours de l’incident ont été pieusement conservés par des paroissiens et sont aujourd’hui dans les archives de la commune de Terves.

Morceaux porte eglise de terves inventaireInscription sur un morceau porte eglise de terves inventaire

Sur l’un des éclats de bois de l’époque, on peut lire :

« Morceau de la porte sacristie nord de l’église de Terves brisée le jour de l’inventaire par les gendarmes sous les ordres du sous-Préfet »

Pour de plus amples connaissances sur les Inventaires dans le bressuirais, citons l’ouvrage réalisé par Dominique Lenne et Daniel Sarrazin, dans la revue d’Histoire du Pays Bressuirais n°54 en 2005.

Marie Alonso
Avril 2017

Annexe : la copie du courrier du 10 février 1906, adressée au Receveur des Domaines, signée par Jean-Baptiste Barbier curé de la paroisse et des membres de la Fabrique, atteste la véhémence des paroissiens très en colère.

protestation lors de l inventaire de l eglise de Terves (1)

protestation lors de l inventaire de l eglise de Terves (2)

Notes :

Relevé dans les dépenses et les recettes de la Fabrique :

  • Le 31 mars 1894 payé 400frs à M. Martin menuisier, pour un confessionnal, ainsi que 12frs pour les rideaux.
  • Le 20 mars 1888 payé deux bénitiers en marbre à 28frs pièce à M. Boireau marbrier à Bressuire.
  • En 1902 : salaires versés à Touraine sacristain : 205frs – à Gauffreteau le chantre : 150frs – à Gautreau le sonneur : 30frs.
  • Recettes en 1894 : Location d’un banc : 40frs ; location d’une place dans un banc : 6frs.

Sources :

  • *Centre théologique de Poitiers.
  • 2-4-6- Huit siècles d’histoire. H.Verger 1971.
  • Fig 6-11-15 Le vitrail religieux. M.Madeleine Géri 2012.
  • 3-5 Archives privées.
  • 1-7 Archives de la Fabrique.

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Un commentaire sur « L’intérieur de l’église de Terves »

  1. Heureux de lire l’anecdote sur les anges adorateurs (malheureusement disparus) offerts par Jacques Chesseron. Cette histoire appartient à la légende familiale transmise de génération en génération et raconte un peu de notre histoire de France (la conscription, la colonisation, la religion…).

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